
Elle a 47 ans. Elle dort mal depuis plusieurs mois. Le matin, elle se lève fatiguée, avec une irritabilité qu’elle ne s’explique pas. Elle s’emporte pour des choses qui, avant, la laissaient indifférente. Elle pleure parfois sans raison précise, dans la voiture, ou le soir avant de s’endormir. Elle a consulté son médecin, qui lui a parlé de stress causé peut-être par le travail, ou par la fatigue accumulée. Elle repart avec des conseils de bon sens et la vague impression que quelque chose n’a pas été dit.
Or il s’agit peut-être de la périménopause — appelée aussi préménopause — cette période de transition hormonale qui précède la ménopause. Une période qui peut avoir des effets psychologiques profonds, durables, et souvent mal identifiés.
Elle n’est pas en train de craquer. Elle n’est pas fragile. Son cerveau traverse une transformation réelle, physiologique, qui bouleverse sa chimie émotionnelle. Et cette transformation mérite d’être nommée, comprise, et accompagnée.
La périménopause : ce que c’est vraiment
La périménopause — ou préménopause — désigne la période de transition qui précède l’arrêt définitif des règles. Elle débute en moyenne autour de 45 ans, parfois plus tôt, et peut durer entre deux et dix ans. Ce n’est pas un événement. C’est un processus progressif, souvent insidieux, au cours duquel les ovaires réduisent graduellement leur production d’œstrogènes et de progestérone.
Ce bouleversement hormonal n’est pas linéaire. Les taux fluctuent, montent, descendent, de façon parfois erratique. C’est précisément cette instabilité, et non la simple baisse des hormones, qui explique l’intensité des symptômes que beaucoup de femmes traversent sans toujours les relier à cette période de leur vie.
En effet, les œstrogènes ne régulent pas seulement le cycle menstruel. Ils agissent directement sur le cerveau. Ils influencent la sérotonine, la dopamine, le cortisol ; autrement dit, les systèmes qui gèrent l’humeur, le stress, le sommeil et les émotions. Quand leur taux vacille, c’est toute la chimie émotionnelle qui peut se trouver déstabilisée.
Selon l’Inserm, 87 % des femmes de 50 à 65 ans sont affectées par au moins un symptôme lié à cette transition. En France, ce sont 17,2 millions de femmes qui sont aujourd’hui concernées par la périménopause, la ménopause ou la postménopause. Un chiffre qui dit à lui seul l’ampleur silencieuse de ce phénomène.
Les symptômes psychologiques
Quand on parle de périménopause, on pense souvent en premier aux bouffées de chaleur, aux sueurs nocturnes, aux règles irrégulières. Ces symptômes physiques sont réels et documentés. Mais ils occultent une réalité moins visible, et pourtant tout aussi impactante : les effets psychologiques et émotionnels de cette transition.
Entre 15 et 50 % des femmes en périménopause développent des symptômes anxieux significatifs. Près de 15 % traversent un épisode dépressif caractérisé. Et la grande majorité rapporte des changements émotionnels qu’elles peinent à s’expliquer, et que leur entourage comprend encore moins.

L’anxiété
Elle est souvent la première à s’installer. Elle peut prendre des formes variées, à savoir une inquiétude diffuse et permanente, des ruminations nocturnes ou encore des accès de panique qui semblent surgir de nulle part. Ce qui déroute, c’est que ces femmes n’ont pas forcément de raison objective d’être anxieuses. Leur vie n’a pas changé. C’est leur biologie qui parle.
L’irritabilité
C’est peut-être le symptôme le plus mal vécu, parce qu’il affecte directement les relations. Une réaction disproportionnée, un seuil de tolérance qui s’effondre, une impatience que l’on ne se reconnaît pas. Beaucoup de femmes décrivent ce sentiment avec les mêmes mots : « je ne me reconnais plus ». Ce n’est pas un trait de caractère qui change. C’est une neurochimie qui vacille.
Le brouillard cognitif
Cette sensation de ne plus avoir les idées claires, d’oublier les mots, de perdre le fil touche une proportion importante de femmes en périménopause. Il alimente souvent une peur sous-jacente : celle de vieillir, de perdre ses capacités, parfois même la crainte d’une maladie neurologique. Cette peur, rarement nommée, mérite d’être entendue.
La dépression
Elle est fréquemment mal diagnostiquée à cette période. Trop de femmes repartent d’une consultation avec une ordonnance d’antidépresseurs, sans que le lien avec leur transition hormonale n’ait jamais été évoqué.
Des chercheurs proposent aujourd’hui que la dépression conséquence de la périménopause constitue un sous-type clinique distinct, qui mériterait une reconnaissance spécifique dans les classifications internationales comme le DSM-5 (manuel de référence utilisé par les professionnels de santé mentale pour identifier et classer les troubles psychologiques). Ce débat scientifique en cours dit quelque chose d’important ; ce que vivent ces femmes est réel, documenté, et encore insuffisamment pris en compte.
Ce n’est pas une question de fragilité. C’est une question de biologie mal connue, et de parole insuffisamment donnée.
Quand la préménopause déborde sur tout le reste
La périménopause ne se vit pas en vase clos. Ce qui se passe hormonalement et émotionnellement chez une femme traverse inévitablement ses relations, son travail, et le regard qu’elle porte sur elle-même. C’est souvent là que la souffrance devient la plus difficile à nommer.
Le couple
Le rapport parlementaire français sur la ménopause, remis au gouvernement en avril 2025, révèle un chiffre qui frappe : une femme sur deux n’ose pas parler de cette période à son partenaire. Le silence s’installe, les incompréhensions s’accumulent. L’irritabilité est perçue comme de l’hostilité. Le retrait émotionnel est vécu comme du désintérêt. La baisse de libido, fréquente à cette période, devient une source de tension non dite.
Ce qui se joue dans le couple n’est pas une dégradation de la relation. C’est souvent une crise de sens et de communication, amplifiée par le fait que ni l’un ni l’autre ne dispose des mots pour nommer ce qui se passe vraiment.
Le travail
La périménopause survient souvent à un moment charnière de la vie professionnelle. Les difficultés de concentration, le brouillard cognitif, la fatigue chronique et l’anxiété peuvent impacter significativement les performances et la confiance en soi au travail. Certaines femmes réduisent leurs ambitions, refusent des responsabilités, s’isolent, non pas par manque de compétence, mais parce qu’elles n’ont plus les ressources pour faire face à tout simultanément.
L’identité
C’est peut-être la dimension la plus intime, et la moins abordée. La périménopause coïncide souvent avec d’autres transitions de vie : des enfants qui quittent le foyer, des parents qui vieillissent, une carrière qui se réoriente. Cette accumulation de changements peut provoquer une véritable crise identitaire. Qui suis-je dans cette nouvelle phase de ma vie ? Qu’est-ce qui reste de moi quand mon corps change, quand mes rôles évoluent ?
Cette question n’est pas une faiblesse. C’est une invitation à se réinventer. Et c’est souvent dans ces moments de remise en question profonde qu’un accompagnement thérapeutique prend tout son sens. Il constitue un espace pour traverser ce passage avec plus de clarté et de soutien.

Ce que les TCC apportent concrètement
Les thérapies comportementales et cognitives (les TCC) ont démontré leur efficacité dans la prise en charge des symptômes psychologiques liés à la périménopause. Une méta-analyse publiée en 2024 dans le Journal of Clinical Medicine confirme leur impact positif sur les symptômes dépressifs et les troubles du sommeil chez les femmes en transition ménopausique. Ce n’est pas une approche par défaut. C’est une approche validée scientifiquement.
Leur point de départ est une observation centrale : ce ne sont pas les événements qui génèrent la souffrance, mais l’interprétation que l’on en fait. Une insomnie devient la preuve que « quelque chose ne va pas ». Une réaction émotionnelle intense devient la confirmation que « je suis en train de perdre le contrôle ». Un oubli devient la certitude que « je ne suis plus capable ». Ces pensées automatiques s’enchaînent rapidement, souvent à l’insu de la personne, et alimentent un cercle vicieux d’anxiété et d’évitement.
Le travail en TCC consiste d’abord à identifier ces pensées. Les nommer, les examiner, les questionner. Quelle est la réalité de ce que je vis ? Est-ce que cette interprétation est la seule possible ? Ce questionnement progressif ne vise pas à « penser positif » — ce serait trop simple et inefficace. Il vise à desserrer l’emprise des pensées catastrophistes pour créer un espace où les émotions redeviennent gérables.
Un autre outil central des TCC dans ce contexte est la psychoéducation. Comprendre ce qui se passe biologiquement — pourquoi l’anxiété s’intensifie, pourquoi le sommeil se fragmente, pourquoi l’humeur fluctue — change profondément le rapport à ces symptômes. Ce qui était vécu comme une perte de contrôle devient quelque chose de nommable, de compréhensible, et donc de moins menaçant.
L’apport de la thérapie systémique
Là où les TCC travaillent principalement sur les pensées et les comportements individuels, la thérapie systémique pose un regard différent. Elle part du principe fondamental selon lequel nous ne sommes pas des individus isolés ; nous existons dans des systèmes — conjugal, familial, professionnel — et ce qui se passe en nous se répercute inévitablement sur ces systèmes, et inversement.
Dans le contexte de la périménopause, cette perspective est particulièrement éclairante.
Le système relationnel
Les changements émotionnels et comportementaux liés à la périménopause ne touchent pas que la femme qui les vit. Ils traversent le couple, la famille, les relations proches. L’irritabilité modifie la communication. Le retrait émotionnel crée de la distance. La baisse d’énergie redistribue les rôles au sein du foyer. Sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi, l’équilibre du système change et chacun réagit à sa façon, parfois en aggravant malgré lui ce que l’autre ressent.
La thérapie systémique permet de mettre des mots sur ces dynamiques. Elle travaille sur la communication, sur les schémas relationnels qui se répètent, sur ce qui se dit et ce qui ne se dit pas. Elle peut impliquer le partenaire, non pas pour désigner un coupable, mais pour que les deux puissent traverser cette période avec une compréhension commune de ce qui se joue.
Le sens donné à cette transition
La thérapie systémique s’intéresse aussi au sens. Comment cette transition se vit dans son histoire personnelle, familiale, culturelle ? Qu’est-ce que la ménopause représente, au-delà des symptômes ? Quelles croyances, transmises parfois de mère en fille, colorent la façon dont se traverse cette période ?
Ces questions ne sont pas anodines. Elles touchent à l’identité, à la place que l’on occupe dans sa famille et dans la société, à la façon dont on se projette dans la suite de sa vie. Et c’est précisément ce travail de sens qui permet, au-delà de la gestion des symptômes, une transformation plus profonde et plus durable.

Mon approche
Quand une femme pousse la porte de mon cabinet en évoquant ces difficultés, parfois sans même faire le lien avec la périménopause, parfois en minimisant ce qu’elle vit, parfois épuisée d’avoir cherché des réponses ailleurs, la première chose que je cherche à faire, c’est de nommer ce qui se passe. Sans jugement. Sans précipitation.
Parce que mettre des mots justes sur ce que l’on traverse, c’est déjà commencer à s’en dégager.
Mon travail s’appuie sur deux approches complémentaires : les TCC et la thérapie systémique. Selon les besoins de la personne, selon ce qui émerge en séance, l’une ou l’autre prendra davantage de place, ou les deux s’articuleront naturellement. Ce n’est pas une méthode figée. C’est un accompagnement qui s’adapte à ce que vous vivez, pas l’inverse.
Concrètement, cela peut vouloir dire travailler sur les pensées automatiques qui amplifient l’anxiété, apprendre à identifier et nommer les émotions qui débordent, comprendre les dynamiques relationnelles qui se sont fragilisées, ou encore donner du sens à cette période de transition pour en faire non pas une perte, mais un passage.
Ce type d’accompagnement ne demande pas des années. Quelques séances suffisent souvent à amorcer un changement réel, à condition d’avancer à votre rythme, sans forcer.
Si vous traversez cette période et que vous sentez que quelque chose mérite d’être entendu, je vous accueille en cabinet à Paris 9 ou en ligne.
Si vous souhaitez échanger sur votre situation ou prendre rendez-vous, vous pouvez me contacter en cliquant ci-dessous.
Sources :
- American Psychiatric Association. Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e édition (DSM-5). Elsevier Masson, 2015.
- Inserm. Ménopause. Institut national de la santé et de la recherche médicale. Paris, 2023. inserm.fr
- Rist, S. Rapport parlementaire sur la ménopause : 25 recommandations pour agir. Assemblée nationale, avril 2025. stephanierist.fr
- Assemblée nationale. Proposition de loi visant à améliorer la sensibilisation et la prévention de la ménopause et à accompagner les femmes durant cette période de leur vie. Janvier 2025. assemblee-nationale.fr
- Ameli.fr. Périménopause (préménopause) : symptômes et contraception. Assurance Maladie. ameli.fr
- Kim, J.H., Yu, H.J. The Effectiveness of Cognitive Behavioral Therapy on Depression and Sleep Problems for Climacteric Women: A Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of Clinical Medicine, 2024.
- North American Menopause Society (NAMS). Guidelines for the Evaluation and Treatment of Perimenopausal Depression: Summary and Recommendations. 2018.
