
Perdre quelqu’un qu’on aime, c’est une expérience pour laquelle rien ne prépare vraiment. On peut savoir, intellectuellement, que la mort fait partie de la vie ; et pourtant, quand elle survient, elle bouleverse tout : les repères, les habitudes, le sentiment même de sa place dans le monde.
Le deuil est le nom que l’on donne à ce bouleversement. Ce n’est pas une maladie, ni une faiblesse. C’est un processus humain, profond, qui se construit pas à pas, et qui prend des formes très différentes d’une personne à l’autre.
Mais parfois, quelque chose nous empêche d’avancer dans ce chemin. La douleur ne s’allège pas avec le temps. Ce blocage peut venir de nombreux endroits : le poids d’un rôle familial qu’on n’arrive pas à quitter, des émotions qu’on n’a pas pu exprimer, une perte qui en réveille d’autres plus anciennes. Le chemin existe mais il est encombré.
Qu’est-ce que le deuil ?
Le deuil, c’est apprendre à vivre avec une absence ; il ne s’agit pas de chercher à l’effacer. Cette distinction est importante. On ne « surmonte » pas vraiment la perte d’un être cher. On réapprend à exister avec elle, à lui trouver une place dans sa vie, sans qu’elle envahisse tout.
Pour mieux comprendre ce que traversent les personnes endeuillées, la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross a décrit cinq grandes étapes : le déni, la colère, le marchandage, la tristesse et l’acceptation. Ce modèle, publié en 1969, reste une référence utile, non pas parce qu’il trace un processus à suivre de façon obligatoire, mais parce qu’il donne des mots sur des états souvent confus et difficiles à nommer.
Ce qu’il faut retenir, c’est que ces étapes ne sont pas un programme à suivre dans l’ordre. On peut ressentir de la colère des mois après avoir cru accepter la perte. On peut traverser une période de tristesse profonde, puis retrouver un souffle, puis replonger. Certaines personnes n’expérimentent pas toutes ces étapes. D’autres les vivent plusieurs fois, dans des ordres différents. Le deuil n’est pas linéaire et c’est tout à fait normal.
Ce qui compte, ce n’est pas de « cocher » chaque étape, mais de se laisser la permission de traverser ce qui se présente, au rythme qui est le sien.
Quand s’alerter : les signes que le deuil se complique
Le deuil est douloureux par nature, et cette douleur est légitime. Mais il existe une différence entre une souffrance qui évolue, même lentement, et une souffrance qui se fige. Ce n’est pas une question de durée. Certaines personnes traversent un deuil intense en quelques mois, d’autres ont besoin de bien plus de temps. Ce qui doit alerter, c’est moins le temps qui passe que le sentiment de blocage, l’impression que rien ne bouge, que la vie s’est arrêtée là.

Plusieurs signes peuvent indiquer qu’un accompagnement devient nécessaire.
L’isolement et le repli sur soi est souvent le premier signal. On s’éloigne progressivement des proches, on décline les invitations, on réduit les interactions au strict minimum. Ce repli peut sembler protecteur au départ, mais il prive aussi la personne des liens qui permettent de tenir.
L’incapacité à reprendre une vie normale en est un autre. Reprendre le travail, cuisiner, dormir, voir des amis, ces gestes du quotidien deviennent des montagnes. Quand la vie ordinaire reste inaccessible longtemps après la perte, c’est le signe que quelque chose est bloqué plus profondément.
Enfin, la culpabilité intense et persistante mérite une attention particulière. « J’aurais dû être là », « je n’ai pas fait assez », « c’est ma faute » — ces pensées, quand elles s’installent durablement et envahissent le quotidien, peuvent empêcher tout mouvement vers l’avant. Elles tournent en boucle, sans trouver de résolution, et épuisent.
Ces signaux ne signifient pas que quelque chose cloche chez vous. Ils indiquent simplement que le chemin du deuil a besoin d’un espace supplémentaire et parfois, d’un regard extérieur pour avancer.
Quand le rôle familial est un frein au deuil
Le repli sur soi évoqué plus haut a parfois une origine inattendue : le rôle que la famille vous a attribué dans l’épreuve.
Dans beaucoup de familles, une personne se retrouve naturellement, ou par habitude, à porter la charge de tout : organiser les obsèques, gérer les démarches, soutenir les autres, maintenir le lien. On devient le pilier. Et le pilier, dans l’imaginaire collectif, n’a pas vraiment le droit de s’effondrer. Alors on tient. On gère. On rassure. Et quelque part, on reporte, parfois indéfiniment, son propre deuil.
Ce mécanisme est rarement conscient. L’entourage ne cherche pas à priver cette personne de sa peine. Mais le résultat est là. Elle ne trouve pas d’espace pour elle. Chaque fois qu’elle tente d’exprimer sa propre souffrance, le rôle reprend le dessus.
C’est là qu’un travail sur les dynamiques familiales peut être précieux. Comprendre comment les rôles se sont distribués, identifier ce qui s’est mis en place dans le système familial, et retrouver ou créer un espace de communication où la souffrance de chacun a le droit d’exister : c’est souvent l’un des premiers leviers pour débloquer un deuil qui semblait figé.
En savoir plus sur la dynamique des rôles familiaux
En savoir plus sur la thérapie systémique

Ce que les TCC peuvent apporter dans le deuil
Lorsque le deuil se complique, certaines pensées finissent par s’installer de façon rigide et envahissante. « J’aurais dû être là. » « Je n’ai pas fait ce qu’il fallait. » « C’est ma faute. » Se sentir coupable après une perte est fréquent, et cela ne signifie pas qu’on l’est réellement. C’est souvent la marque d’un attachement profond, d’une relation qui comptait vraiment.
Mais quand ces pensées se répètent sans relâche et empêchent d’avancer, un travail thérapeutique peut aider. La restructuration cognitive, outil central des thérapies cognitives et comportementales, permet d’examiner ces pensées automatiques, non pas pour les balayer, mais pour évaluer leur fondement et ouvrir progressivement d’autres façons de voir la situation.
Ce travail de rationalisation permet d’avancer dans le chemin du deuil et ainsi de traverser la peine endurée.
Ce type d’approche s’intègre naturellement dans un suivi psychothérapeutique global, en complément d’un espace de parole plus libre, ce que la thérapie de soutien offre précisément.
La thérapie de soutien : un espace rien que pour soi
Quand on traverse un deuil, on peut avoir l’impression de déranger. Les proches sont eux aussi touchés par la perte, fatigués, débordés. On se censure. On minimise. On range sa peine pour ne pas peser sur les autres. Et on finit par porter seul quelque chose qui est déjà très lourd.
La thérapie de soutien est l’occasion d’avoir un espace entièrement réservé à soi, un espace où l’on n’a pas de rôle à tenir : ni le fort, ni le gestionnaire, ni celui qui rassure. C’est un espace sans jugement, où ce qu’on ne peut pas dire à l’entourage trouve enfin une place. Aussi elle offre un regard extérieur qui permet de voir la situation avec un peu plus de recul et de liberté.
Ce cadre n’est pas un luxe. C’est souvent ce qui manque précisément aux personnes en deuil : non pas des conseils, non pas des réponses, mais un endroit où exister pleinement dans leur peine, sans avoir à la justifier ni à la contenir.
Dans ma pratique, la thérapie de soutien est le cadre dans lequel tout le reste s’intègre. C’est le socle, et c’est à partir de ce dernier que d’autres outils, comme les TCC ou la thérapie systémique évoquées plus haut, peuvent trouver leur place quand la situation s’y prête.
Mon approche
Accompagner quelqu’un dans son deuil, c’est avant tout lui offrir un espace où il peut exister dans sa peine, sans performance, sans rôle, sans avoir à aller bien trop vite.
Je vous accueille en cabinet ou en séance en ligne. Je propose un accompagnement thérapeutique qui s’adapte à ce que chaque personne traverse. La thérapie de soutien constitue le fil conducteur : créer un cadre stable, bienveillant, où la parole peut se déposer librement. Selon ce qui émerge, j’intègre des outils issus des thérapies comportementales et cognitives notamment pour travailler les pensées qui bloquent le processus, ou un éclairage systémique lorsque les dynamiques familiales jouent un rôle dans la façon dont le deuil se vit ou se complique.
A chacun sa manière de traverser l’épreuve du deuil. Le tout est de pouvoir être accompagné quand le besoin se fait sentir.

Si vous traversez un deuil et souhaitez en parler, je vous accueille en cabinet à Paris 9 ou en ligne.
Si vous souhaitez échanger sur votre situation ou prendre rendez-vous, vous pouvez me contacter en cliquant ci-dessous.
Sources
- Institut Francophone de Formation et de Recherche en TCC (Ifforthecc) — Soigner le deuil prolongé/compliqué par la psychothérapie comportementale et cognitive.
- Cairn.info — Deuil et thérapie familiale (2001).
- Kübler-Ross, E. (1969). On Death and Dying. Macmillan.
- American Psychiatric Association. DSM-5 : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (2013).
